« Que le crépuscule n’est point d’aurore » implorait d’Angelbert au matin du 25 juin 841.

Cette complainte, ce vœu presque vain, lancé au lendemain de la bataille la plus importante que la chrétienté ait connue, fut exaucée.

 

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Alors que les noms de Marignan, d’Austerlitz ou de Stalingrad résonnent encore dans toutes les mémoires, celui de Fontenoy-en-Puisaye, lui, erre dans les limbes de celles des habitants de l’Yonne, comme si le sang des hommes morts ce jour-là avait lavé de toute son horreur et de son malheur les mémoires collectives.

L’histoire appartient aux vainqueurs, dit-on, de là vient peut être cette omission incompréhensible de l’histoire de l’Europe.

 Cette bataille bien que gagnée par Charles le chauve et Louis le germanique au détriment de leur frère Lothaire,  ne connut en réalité aucun vainqueur. Parmi les corps des hommes gît aussi celui encore fumant de l’unité et la grandeur de l’empire de Charlemagne, tel un rêve éphémère, une promesse qui ne pouvait survivre à son créateur et qui après une lente agonie expira son dernier souffle après cet ultime coup porté par ses petits-enfants.

Les origines du conflit n’étaient guère de bonne augure pour la survie de l’empire.

En effet Louis le pieux fils de charlemagne avait la lourde tâche de diviser le royaume pour ses héritiers comme il était de rigueur à l’époque, le droit du sang devant être respecté. Mais la mort de son troisième fils pépin en 838 et les revendications de Charles issu d’un second mariage compliquèrent le morcèlement de l’empire.

Plusieurs tentatives ont échoué au cours des ans, et les ambitions de Lothaire couplées aux volontés de Judith de voir son fils Charles hériter d’ une partie du royaume menèrent à une escalade inexorable des violences et des passions.

 Tout se conclut  dans le sang et le désarroi en ce triste matin de juin, qui vit des frères de sang et des chrétiens unis par les liens sacrés s’entretuer sur le champs de bataille et ou l’on vit le vert des prairies, le bleu des ruisseaux, et l’or des champs de blé se transformer en un pourpre qui laissa un gout amer dans la bouche des survivants et qui teinta à jamais ces « roitelets » du sceau de la discordance.

Cet évènement alors majeur vit intervenir jusqu'à la papauté qui, voyant les liens fraternels s’effriter, envoya des émissaires afin de dissuader les principaux protagonistes, ces frères ennemis, d’en arriver à des extrêmes fatales à la survie de l’empire.

 Les velléités personnelles de Lothaire, le premier fils de Louis le pieu, prirent le pas sur la pérennité du royaume déjà mit à mal à la mort de Charlemagne en 814.

 Aujourd’hui encore les alentours de Fontenoy portent des noms évocateurs et qui retranscrivent la violence des évènements (l’étang de la guerre, le fossé aux gens d’armes, les champs du malheur, la coulée du sang).

De l’empire autrefois monumental, il ne reste aujourd’hui que les récits de sa gloire d’antan,  la bataille fratricide « oubliée » a elle façonné l’Europe actuelle, événement fondateur des 3 nations les plus anciennes du continent (France, Italie, Allemagne).

Comme si le temps ne retenait que les héros valeureux et les hommes providentiels dont la grandeur et les actes dépassent ceux de simples mortels pour les ériger au rang de divinités, et oubliait les lâches, les méprisables, ces frères qui par appât du gain ont trahi les idéaux de leur glorieux aïeul.

Il existe tout de même  aujourd’hui un parcours et un musée à Fontenoy-en-Puisaye qui relatent les évènements de la bataille qui a eu lieu il y a plus d 11 siècles et qui amorçaient la construction de l’Europe actuelle, et qui aboutira en 843 au fameux traité de Verdun qui entérina la division de l’empire en 3 royaumes.

Cette journée du 25 juin 841 marqua peut-être la fin d’un empire mais elle permît une construction plus nationale et actuelle de l’Europe.  

 

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